Des étudiants en biologie du Cégep Ahuntsic ont accès à un tuteur assisté par l’intelligence artificielle. Photo: Anne Marie Parent, JDV

Le cégep Ahuntsic teste une méthode qui pourrait façonner l’enseignement collégial, voire universitaire, de demain. On recourt à l’intelligence artificielle (IA) pour aider les étudiants en leur offrant un tuteur virtuel.

Le système informatique simule l’intelligence humaine, certes, mais il cherche ses données uniquement là où les enseignants lui indiquent d’aller. Il évite ainsi de fournir des informations erronées ou d’aller chercher des connaissances sans respecter la propriété intellectuelle.

« Nous avons développé BioTuteur, un outil ciblé pour répondre aux questions des personnes étudiantes dans le cadre d’un cours précis », annonce Édith Gruslin, enseignante au département de biologie et biotechnologie du cégep Ahuntsic. Le cours en question est celui de biologie cellulaire, l’un des premiers que les étudiants abordent. Cet appui les aide à comprendre des concepts clés et à faciliter leurs révisions avant les évaluations.

Les étudiants ont accès à une interface leur permettant de poser des questions. Ils profitent du travail conjoint de chercheurs en sciences de l’éducation et en génie informatique, ainsi que d’enseignants et d’étudiants du cégep Ahuntsic et du cégep de Lanaudière à Terrebonne. Leur tuteur est en outre disponible en tout temps ! « L’étudiant doit toujours garder en tête sa relation avec le prof – la personne –, tout en sachant que BioTuteur peut le dépanner à minuit la veille de son examen », illustre Mme Gruslin.

Qu’on se comprenne bien : les chercheurs n’ont pas inventé un enseignant virtuel ou bionique. « Ce n’était ni l’intention ni la finalité. Cet outil sert vraiment à donner de la rétroaction », se défend l’enseignante. Le cours se déroule toujours en classe, avec un vrai professeur.

Les chercheurs ont exploré différents scénarios d’utilisation et se réfèrent à leur propre expérience. La clarification de concept en fait partie. « On essaie un peu de mimer, du mieux qu’on peut, l’interaction qui a lieu quand la personne vient nous voir dans notre bureau », précise Mme Gruslin.

Le cégep agit ici comme utilisateur-testeur. Le projet a été développé par le LAVIA, le Laboratoire vivant d’innovation sur l’apprentissage en enseignement supérieur, sous la direction de Bruno Poellhuber, de l’Université de Montréal.

Une IA de plus ?

À une époque où l’intelligence artificielle s’invite jusque dans les objets du quotidien, pourquoi ajouter un outil de plus ? Il existe déjà une multitude d’applications disponibles, notamment pour de jeunes cégépiens qu’on sait très attachés à leur téléphone intelligent.

L’argument le plus convaincant en faveur de cet outil d’IA, c’est le contenu. Le BioTuteur ne cherche pas ses références partout sur le web ou dans des serveurs inconnus. Il consulte uniquement les sources déterminées par les chercheurs et enseignants, avec une attention particulière portée aux questions éthiques.

Les enseignants ont déposé dans l’agent conversationnel quelques références en accès libre qui fournissent un contenu similaire à ce qui est étudié en salle de classe. « L’éditeur a une base d’entraînement et de connaissances, mais, dans la requête, en arrière-plan, il doit prioriser l’utilisation de ces ressources-là », explique l’enseignante.

L’autre avantage de cette approche : l’étudiant n’est jamais perdu. Il demeure sur le terrain connu en cours. La réponse qui lui sera donnée sera calibrée selon ses besoins. Les chercheurs visent également à réduire les « hallucinations » de l’IA en ciblant précisément les sources d’information. « On ne peut pas exclure les erreurs à 100 %. C’est un modèle génératif qui fait de la prédiction ; mais on améliore quand même la fiabilité », admet Mme Gruslin.

Le projet en est encore à ses débuts. Il a démarré avec des tests auprès de quelques étudiants en très petits groupes avant d’être déployé à plus grande échelle l’automne dernier. Les chercheurs en sont maintenant à l’étape d’analyse des résultats afin d’améliorer l’outil.

Souhaite-t-on étendre le projet ? Pas à court terme. L’expérience a déjà mis en évidence la complexité d’un tel dispositif pédagogique. « Chaque discipline scientifique a ses particularités, qu’il s’agisse de représentations graphiques, d’images ou de concepts », observe Mme Gruslin.

Cela dit, certains apprentissages réalisés dès maintenant pourraient être transférés sur le plan de l’interaction. Une chose est certaine, le cégep Ahuntsic veut s’emparer de l’IA comme outil d’enseignement avant que l’IA ne s’empare de lui.

 

Ce texte a été publié dans la version papier du JDV de février 2026.



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